PER après 70 ans : la déductibilité des versements supprimée depuis 2026
Publié le 12 août 2026 — Réforme fiscale
C'est la mesure la plus structurante adoptée pour l'épargne retraite depuis la loi PACTE. La loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) a modifié l'article 163 quatervicies du Code général des impôts pour introduire, pour la première fois, une limite d'âge à l'avantage fiscal du PER. Six mois après son entrée en application, voici ce qu'il faut en retenir.
La règle : plus aucune déduction à partir du 70e anniversaire
Depuis le 1er janvier 2026, les versements volontaires effectués sur un Plan d'Épargne Retraite à compter du 70e anniversaire du titulaire ne sont plus déductibles du revenu imposable. Le plan reste ouvert, il peut toujours être alimenté, mais l'économie d'impôt à l'entrée disparaît.
Le critère retenu est la date du versement, et non la date d'ouverture du contrat : un PER souscrit à 55 ans perd son avantage fiscal pour tous les versements réalisés après 70 ans. La mesure vise l'ensemble des compartiments (PER individuel, PER collectif, PER obligatoire) ainsi que les versements des travailleurs non salariés relevant de l'article 154 bis du CGI.
Ce qui n'est pas concerné : l'asymétrie PERP / Madelin
Le législateur a modifié l'article 163 quatervicies, qui vise spécifiquement le PER, sans étendre la restriction aux anciens produits régis par d'autres dispositions. Conséquence concrète et peu intuitive :
- Un épargnant de 72 ans détenant un PERP non transféré peut continuer à déduire ses versements ;
- Le même épargnant, s'il a transféré son PERP vers un PER, ne le peut plus.
Les anciens contrats Madelin et Article 83 échappent également à la mesure. Pour les épargnants proches de 70 ans détenant encore un ancien contrat, la question du transfert vers un PER mérite donc d'être réexaminée : ce qui était presque toujours favorable avant 2026 ne l'est plus systématiquement.
La contrepartie : une sortie nettement moins taxée
La suppression de la déduction n'est pas une double peine. Les versements réalisés après 70 ans suivent à la sortie le régime des versements volontaires non déduits, beaucoup plus favorable :
| Mode de sortie | Versements déduits (avant 70 ans) | Versements après 70 ans (non déduits) |
|---|---|---|
| Capital — part versements | Barème de l'impôt sur le revenu | Exonérée d'impôt sur le revenu |
| Capital — part gains | PFU 31,4 % | PFU 31,4 % |
| Rente | Régime des rentes viagères à titre gratuit (RVTG), après abattement de 10 % | Régime des rentes viagères à titre onéreux (RVTO) : seule une fraction de la rente est imposable, 30 % au-delà de 69 ans |
Pour un épargnant faiblement imposé, le calcul peut donc rester favorable : renoncer à une déduction à 11 % de TMI pour bénéficier d'une exonération totale du capital à la sortie n'a rien d'absurde. Pour un contribuable à 41 % de TMI, en revanche, la perte est nette.
L'angle successoral reste intact
La réforme ne touche pas au traitement du PER au décès, qui dépend de l'âge du titulaire au moment du décès et non de l'âge au versement :
- Décès avant 70 ans : abattement de 152 500 € par bénéficiaire (article 990 I du CGI) ;
- Décès après 70 ans : abattement global de 30 500 €, tous bénéficiaires confondus (article 757 B), les gains restant exonérés.
Un PER alimenté après 70 ans conserve donc son intérêt patrimonial pour la transmission, notamment au profit du conjoint survivant, exonéré de droits de succession.
Que faire concrètement ?
- Avant 70 ans : saturer ses plafonds de déduction devient une priorité calendaire. L'échéance n'est plus seulement le 31 décembre, c'est aussi votre anniversaire.
- Entre 65 et 70 ans : envisager des versements anticipés, éventuellement financés par un arbitrage depuis d'autres placements, pour capter l'avantage fiscal tant qu'il existe.
- Après 70 ans : l'assurance vie redevient l'enveloppe de référence pour l'épargne nouvelle, avec des prélèvements sociaux maintenus à 17,2 % et une liquidité totale.
- Détenteurs de PERP ou Madelin de plus de 68 ans : ne pas transférer sans avoir chiffré la perte de déductibilité.
Notre analyse
Cette mesure met fin à un usage du PER qui s'était développé à la marge : l'ouverture tardive d'un plan à visée purement fiscale et successorale. Pour la très grande majorité des épargnants — ceux qui constituent leur retraite entre 35 et 65 ans —, rien ne change. Le PER conserve son avantage principal : une déduction à hauteur de la tranche marginale d'imposition, sur des versements réalisés pendant la vie active, c'est-à-dire au moment où les revenus, et donc l'impôt, sont les plus élevés.